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Charles Maze Photographe
                                                                           
 
                                                                      Les Anamorphoses de Charles Maze
                                                                                                                                                 
                                                                                                                                                 
 
                                                                                                                                           «  Oh ! les vignettes pérennelles ! »
                                                                                                                                                                                Arthur Rimbaud
 


L’anamorphose, ce phénomène optique qui rétablit la bonne lecture d’une image méconnaissable à l’aide de miroirs ou de lentilles cylindriques, a été mise au point  au cours du XVIe siècle. Considérée comme une merveille de l’art, dont le secret a été jalousement gardé pendant un certain temps, l’anamorphose a été pratiquée par les peintres de l’école hollandaise et par Léonard de Vinci, Holbein et Dürer. Elle est un rébus, un monstre, un prodige et un mystère. On peut y cacher un message secret comme un crâne, symbole de vanité, dissimulé dans la figuration des Arts et des Sciences, ou une scène érotique prisée par les Chinois.
 
L’anamorphose s’est inspirée de bien des sujets à travers les siècles donnant naissance aux Bizarerries italiennes, à la cosmologie visionnaire germanique et à la phantasmagorie romantique. L’anamorphose n’a cessé d’émerveiller et de provoquer des hallucinations purement visuelles. Ces jeux savants qui se sont poursuivis au fil des siècles ont été introduits dans la technique du cinéma dans les années Cinquante. A Paris, sur les écrans panoramiques du Cinérama ou du Kinopanorama, les films étaient projetés par des anamorphoses obtenues par des objectifs spéciaux et non avec des schémas linéaires développés à partir du XVIe siècle.
 
Charles Maze, a poursuivi ce cheminement à travers un procédé s’appliquant à ses images photographiques.
Il a ainsi créé ses Anamorphoses. Il décline en couleurs et noir et blanc ses thèmes de prédilection : les paysages de science fiction des mégalopoles, les univers silencieux de la nature, les foules lointaines et irréelles et les tableaux intimes de la matière.  
Le merveilleux et la poésie sont au rendez-vous et l’Anamorphose sollicite notre regard d’enfant.
 
N’est-ce pas l’âme même de l’image photographique qui se révèle au grand jour à travers l’Anamorphose ou plus vraisemblablement, n’est-ce pas nos mondes intérieurs et notre champ du désir qui trouve là un support à nos rêves et nos méditations ? Si l’Anamorphose se présente directement à notre regard sans les artifices optiques des siècles passés, l’image se pose comme une énigme. Il ne s’agit plus de découvrir un objet caché à notre vue grâce à un mécanisme d’illusion, il s’agit d’explorer nos mondes intérieurs. Au-delà d’une fonction décorative, l’Anamorphose accompagne notre quotidien et nous interroge. En choisissant une Anamorphose, nous choisissons l’insigne secret de notre passion.
 


                                                                                      Le vertige de l’Infini
 

Charles Maze, le photographe qui vole de plus en plus haut et qui, comme un oiseau, nous regarde de loin.
Il virevolte, il scrute, il tourne dans ses rondes imaginaires.
Notre œil le suit et se laisse hypnotiser, envelopper par le temps et l’espace qui n’existent plus, car transformés en desseins et en formes abstraites qui inspirent le regard et l’invitent à rêver.
Si on interrogeait une sphère de cristal pour dévisager le futur, nous y verrions surgir les énigmatiques images de Charles Maze.
Ici, le monde est à l’envers, sans dessous, sans dessus, il est seulement totalité, absolue.
Evoquant les labyrinthes que jadis le pèlerin parcourait pour purifier son esprit, un pas après l’autre, dans les spirales cathartiques gravées sur le sol marbré des cathédrales gothiques, les spirales bénévoles que Charles Maze appelle ses Anamorphoses envoûtent les spectateurs en lui faisant traverser leurs volutes visionnaires.
On y cherche un chemin, un visage, un trait reconnaissable, jusqu’à se laisser transporter vers ces dédales de couleurs et sensations que Charles crée à travers ses représentations.
Un voyage dans l’iris oculaire, vers la  profondeur du regard, là-bas où tout se mélange, se fond, se confond.
Une danse circulaire, presque un rituel apotropaïque, qui convoite villes et paysages, lumières et ombres, silhouettes inconnues, étranges filaments qui ne se révèlent que plus tard à la compréhension : ce sont des ponts, des réverbères, des routes, des escaliers, des êtres humains changés en fragments, en taches de couleurs, en touches de vie, immobiles dans cet univers silencieux, circulaire.
Kaléidoscopiques reliques de songes, les Anamorphoses de Charles sont des amulettes aux tonalités lunaires, des pierres précieuses sectionnées à l’intérieur pour dévoiler leurs âmes faites de rayons et de stries, lézardées par toutes les nuances de la nature : élixir du regard.
Charles nous plonge au fond du puits et nous fait découvrir un nouveau monde.
Il n’y pas de noir, ni d’ombre, tout n’est que lumière pure qui joue avec la réalité pour rendre à la vie son aspect merveilleux.
Pour rendre à l’homme l’essence d’une vision sans logique mais stupéfiant telle l’existence et les cycles naturels où tout change et tout se répète à jamais.
En regardant les villes, les horizons marins, les ciels et les montagnes circulaires dévoilées par Charles Maze, un frisson parcourt ma pensée : dans ses images on perçoit l’éternel retour des serpentines spires du temps, l’idée d’un espace où tout s’unifie et se déforme, où tout s’enfouit dans une immensité close pour nous donner un enivrant vertige de l’Infini.
 
Texte de Alba Romano Pace
 
                                                                                Le Regard du Photographe
 

                                                                                                    "The innocent and the beautiful have no ennemy but time"  
                                                                                                                                                                                   W. Butler Yeats
 


Peindre veut dire créer le temps, le photographier, l’arrêter.
Otages de beauté, les photos de Charles Maze sont un appel à l’éternel. L’éphémère est pris au piège par la pellicule, le regard n’a qu’à se poser - se reposer - sur les formes et les couleurs de l’image.
Les nuages, l’eau, le sable, tous les éléments qui s’écoulent, qui glissent sous les yeux, attirent l’objectif de Charles Maze. Un instant et le présent devient permanence, le transitoire fermeté. C’est ainsi que l’immobilité prend vie. Charles Maze réinvente ses images, partant du réel, il en fait les emblèmes du rêve. Ses Chimères (comme le titre l’indique) sont des constructions fantastiques, une invitation au voyage, une promesse de calme et d’infinité. Leur lumière éthérée, blanche ou rose, grise ou bleue, argentée ou dorée, fait d’une simple atmosphère un moment de pur lyrisme.
Dans les Sources, il a la capacité de modeler la photographie, d’en faire matière. Encore une fois la réalité perd de sa consistance, et l’eau se forge comme du verre, liquide et malléable.  Elle crée des volutes labiles, elle se cristallise en prisme de couleurs qui changent un ruisseau en un serpent d’eau aux écailles iridescentes.
«J’aime l’idée que la photographie ne soit pas incompatible avec la peinture », dit Charles, dévoilant ainsi le secret de ses compositions si proches, parfois, des tableaux impressionnistes, mais aussi de l’expressionnisme abstrait américain, comme le montrent les photos de New York. Ville aux milles lignes horizontales et verticales, labyrinthe de géométries fragmentaires, les photos de New York ont un rythme autre : serré, rapide, tel une mélodie jazz mise en image. Souple, légère, cette musique, comme ces photos, exprime la vitesse, l’improvisation, l’harmonie métropolitaine et aussi sa solitude. Des grands espaces à parcourir en métro, en bus, en bateau, un passage c’est tout. On parcourt ses photos comme on peut parcourir une ville inconnue, pendant qu’un taxi, conduit par un étranger, nous emmène de la gare à l’hôtel. Dans l’absolu anonymat, derrière la fenêtre du véhicule, le regard essaye de capter le paysage urbain. Des gratte-ciels les plus modernes aux bâtiments délabrés : les murs, les insignes lumineux, les affiches déchirées, les déchets dans la rue, tout nous parle. Les couleurs brillantes expriment l’excitation de la découverte du nouveau. Encore une beauté qui s’échappe, qu’il faut prendre et arrêter.
Le mot image a la même racine que le verbe imaginer ; Charles Maze nous le rappelle, en nous livrant des photographies qui vont au-delà de leur surface.
« Si la photographie est une image fixe et non animée – affirme-t-il - je pense qu’elle n’en est pas moins vivante et qu’elle crée ainsi un dialogue, une sorte de fil invisible, entre l’image et l’inconscient de la personne qui la regarde ».
C’est avec une rare sensibilité que Charles Maze tisse ce fil transparent en arrivant ainsi à faire de la beauté le temps, d’un instant l’éternelle : « L’image se doit de retenir le regard de celui qui la regarde et l’emmener dans un espace où le temps s’arrête, dans un présent permanent ».
 
Texte de Alba Romano Pace